Quand dans les années 1950 on parlait de "Bon Pasteur", bien souvent c'était pour nommer des maisons de redressement.

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Bien austère n'est-ce pas ! Celui-ci se trouvait à SANVIC près du Havre. Je vais vous raconter comment j'ai été amenée en 1947 à connaître cet établissement ; mais avant je vais vous faire une petite rétrospective  de la création du Bon Pasteur à Sanvic.

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En 1842, le Havre deuxième port de France attirait une population venue de la campagne environnante. Parmi les notables de la ville, il y avait la famille AUGUSTIN-NORMAND dont Jacques était le fondateur du chantier naval. Madame Augustin-Normand et plusieurs autres dames ont créé en 1842 la Société de la Providence, dans le but de sauver des femmes et des jeunes filles qui s'abandonnaient à la prostitution dans le port du Havre. Elles s'adressèrent au Soeurs du Bon Pasteur d'Angers qui s'en occupèrent jusqu'en 1902.

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En 1902, le Bon Pasteur fut confié aux religieuses hospitalières de la congrégation de Saint Thomas de Villeneuve. S'étant agrandi, cet établissement se voyait confier chaque année par les tribunaux plusieurs dizaines d'enfants pour y vivre et poursuivent leur scolarité. Vivant en totale autarcie, alors qu'aucune administration n'allouait d'aides pour leur action sociale.

Il faut dire que les religieuses de St. Thomas de Villeneuve étaient souvent des femmes venues d'un milieu aisé et quand leurs parents décédaient leur part d'héritage rentrait entièrement dans la congrégation. Les religieuses au nombre d'une trentaine et les pensionnaires assuraient elles-mêmes la culture du potager, le soin aux animaux et tous les ateliers d'entretien.

Après la guerre ma tante y était religieuse sous le nom de "Soeur Ernestine". En 1947, sa congrégation décidait de l'envoyer dans une autre de leurs maisons aux Etats Unis dans le Connecticut. Avant de partir, elle avait le droit de recevoir sa famille proche pendant plusieurs jours, comme j'habitais avec mes grands-parents, j'étais du voyage ; c'est lors de cette visite que j'ai vu la mer pour la première fois ; je n'avais que 4 ans mais je m'en souviens très bien.

    

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  Me voici dans les bras de mon grand-père entourés de ma tante, de ma grand-mère et d'une employée lingère de Sanvic, car parmi les jeunes filles recueillies, certaines sont restées toute leur vie avec les religieuses et elles ne manquaient pas de travail.

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Beaucoup d'entre-elles sont devenues "lingères, blanchisseuses" car l'établissement avait sa propre blanchisserie, qui se chargeait du linge des hôpitaux ainsi que des paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique, il y avait aussi l'entretien du linge des militaires du Fort de Tourneville et des particuliers, jusqu'en 1914/1918 on comptait jusqu'à 350 pensionnaires. En 1914, un arrêté de la préfecture autorisa l'association à recevoir des enfants délinquants, en danger moral et des pupilles de l'état.

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de 1921 à 1933, plusieurs bâtiments sont construits. Malheureusement, la grande guerre avait fait de nombreux orphelins et d'autres victimes de la misère.

En 1933, un pavillon spécialement dit des "toutes petites" réservée aux petites filles de 3 à 5 ans.

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Voici le réfectoire des petites, telle que je l'ai vu la première fois que je me suis rendue à la Providence.  Au début du siècle les amis de la maison qui faisaient parti des notables de la ville aidaient à améliorer les conditions de vie des enfants. Il y avait à la tête de la Providence, une mère supérieure dynamique, enthousiaste et surtout très moderne pour l'époque Mère St. Engelbert qui donna à l'établissement un tel essor qu'il était qualifié d'établissement pilote.

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Je me souviens très bien de l'immensité de ce domaine aux yeux d'une enfant, c'était comme un village dans la ville, on pouvait y trouver en plus de la blanchisserie, une boulangerie, un potager, un verger et au fond du domaine une ferme avec des animaux en liberté ainsi que des fleurs partout.

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300 à 350 enfants et jeunes filles jusqu'aux années 1970 de 2 ans à 21 ans apprennent à équilibrer leur vie, à tenir un intérieur et à travailler pour gagner leur vie. L'éducation est certes celle de l'époque, plus stricte et austère que celle d'aujourd'hui. Les sorties sont plus rares et surveillées, mais en compensation les anciennes disaient : " oui c'était dur mais tout cela s'efface dans le souvenir d'un climat exceptionnel, familial et joyeux". Je ne suis pas allée à la Providence de Sanvic, mais je peux témoigner car je suis allée toute ma scolarité en internat dans deux de leurs maisons  à St. Germain en  Laye et à Bry sur Marne entre 1953 et 1960 et l'ambiance était exactement la même.

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Les élèves montaient des spectacles et les grandes confectionnaient les costumes et les décors. De nombreuses représentations eurent lieu dans cette salle.

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Bien évidemment comme dans toutes maisons tenues par des religieuses, il y avait une superbe chapelle et à cette époque les enfants et les jeunes filles ainsi que le personnel allaient régulièrement à la Messe et en 1963, tous les soirs on allait encore au Salut.

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Je vous ai déjà parlé de la Colonie de Vacances qui faisait partie de la Congrégation et où les enfants de Sanvic se rendaient chaque été (un de mes billets :

Ma vie de châteaux du 8 novembre 2007..

 

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3 années de suite, j'ai partagé mes repas avec les petites de Sanvic dans ce réfectoire.

 

En 1978, les soeurs de St. Thomas de Villeneuve se retirent, le Bon Pasteur devient un établissement laïc. N'accepte plus que 50 pensionnaires, le grand dortoir est supprimé au profit de chambres traditionelles. Ainsi va la vie, les époques changent et nous passons à autre chose.

 

Après notre visite à Sanvic, ma tante a eu le droit de venir passer quelques jours chez mes grands parents avant son départ pour les Etats Unis. Voici la photo souvenir.

 

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dans les années 1960, les religieuses adoptèrent une tenue plus pratique, car la coiffe de cette photo était en gaze blanche et quand les religieuses étaient à la maison le voile noir était remplacé par un voile de gaze bien rigide blanc.

 

Beaucoup ont des souvenirs de pensionnat pas aussi idyllique que ceux que je viens de vous décrire, mais moi j'ai eu cette chance. Bien évidemment j'aurais préféré vivre avec mes parents, mais eux en avaient décidé autrement.

 

 

Je vous demanderai d'avoir la gentillesse de ne pas prendre mon blog pour un tchat, toutes les personnes qui ont mis un commentaire pour retrouver une ancienne du Bon Pasteur ne sont pas certaines d'avoir une réponse, car cet espace est un blog personnel d'une petite fille des années 1950, qui remonte ses souvenirs  d'enfance. Je décris suivant ma mémoire du temps de l'époque, quand je suis allez rendre visite au Bon Pasteur, pour dire aurevoir à ma tante religieuse dans cet établissement avant qu'elle ne parte dans un maison de St. Thomas aux Etats Unis. En aucun cas, je ne suis une ancienne du Bon Pasteur. Celles qui passent par ici et qui désirent se retrouver, ne prenez pas mon Blog comme support. Je n'accepterai plus de messages persos, je les retirerai.

Merci pour votre compréhension.

Cordialement à toutes

 

Manouedith