Je vous ai déjà confié des instants de ma vie et je vous ai également raconté l'enfance de la petite fille que j'étais ; une enfance pas comme les autres. C'est pour cela que ces moments me sont précieux. 

 

En 1951, la petite fille que je suis, vit chez ses grands-parents maternels  depuis 6 ans, entourée de l'affection de "pépère et mémère", ceux qui ont le plus comptés  dans son enfance ; mais elle ne sait pas encore que cette année là, le mariage de sa maman va lui apporter de nouveaux grands-parents : "Papy Joseph et Mamy Marguerite", les parents de son nouveau papa.

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 Papy Joseph et Mamy Marguerite habitent à Paris dans le quatorzième arrondissement. Pendant la guerre, Papy est prisonnier en Allemagne, il rentre longtemps après les autres. Avant de retrouver Mamy et ses deux fils, il doit faire un stage dans une grand hôpital parisien car de son séjour obligé en Poméranie il revient  les deux pieds gelés, on est obligé de lui couper tous les doigts de pied. Il ne parlera jamais de son séjour là-bas.

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Je me souviens, il est grand avec une petite moustache et quand il prend la pose pour une photo avec sa femme, Mamy paraît toute petite. Il travaille comme veilleur de nuit aux Grands Moulins de Paris. Ce sont des gens simples avec un cœur énorme.

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Mamy Marguerite, est originaire d'un village de la Sarthe, vous savez, celui où l'on voit les poulets fermiers courir dans la nature : "Loué". Depuis son mariage, elle habite avec papy Joseph dans un tout petit appartement sans beaucoup de confort, ils n'ont que deux pièces et une minuscule cuisine. Ils n'ont jamais déménagé et ils ont élevé leur deux garçons dans cet appartement lilliputien. La maman de Mamy habite au 1er étage une seule pièce avec une cuisine ; inutile de vous dire que les commodités sont partagées par tous les habitants et ils se trouvent à chaque demi-étage ; pas de salle de bain, tout le monde fait sa toilette dans la cuisine. L'hiver, une cuisinière à charbon que l'on alimente plusieurs fois par jour en descendant 4 étages pour aller remplir les seaux.

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Malgré tout, ils ont une maison dans la Sarthe à Chemiré en Charnie pas très grande non plus, sans beaucoup plus de confort. Papy Joseph a même récupéré une chapelle de cimetière pour abriter les WC au fond du jardin. Ils y passent leurs vacances et à la retraite, ils partent chaque année à Pâques et ils reviennent à la Toussaint.

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Je garde un souvenir plein d'amour et de chaleur de ce papy et de cette mamy. Très généreux, avec le peu de moyens qu'ils ont. Pour eux en 1950 cela n'est certainement pas facile d'accepter une belle fille avec une petite fille de 7 ans ; c'est très rare à cette époque. Jamais, ils ne  montrent une différence avec leurs vrais petits enfants qui naîtront deux ans plus tard. La seule personne qui me fait ressentir que je ne suis pas la vraie petite fille, c'est l'épouse de mon oncle. Ce n'est pas grave, j'aime cette nouvelle famille.

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Je me souviens du merveilleux cadeau qu'ils me font pour mes 9 ans : une jolie montre, je l'ai toujours, je la conserve précieusement dans un de mes tiroirs, elle n'indique plus l'heure depuis longtemps, mais elle est pour moi la preuve de leur affection.

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L'année de mes 13 ans, je ne rejoins pas la pension; Pendant deux ans je reste avec mes parents, malheureusement cela ne se passe pas très bien avec maman et je regagne l'internat après mon certificat d'études. Mais en revanche, j'aime me souvenir des jeudis que je passe chez papy et mamy. J'arrive toute seule, je prends l'autobus à la place de la République vers 10h30, je traverse tout Paris souvent en restant debout à l'arrière sur la plate forme. Parfois mamy m'attend à l'arrêt Mouton Duverney. Le rituel, de l'après-midi est souvent le même, nous allons nous promener sur l'avenue d'Orléans et nous faisons un tour au Prisunic et au Monoprix. Quand nous rentrons, c'est cours de broderie ou de tricot. Mamy me donne la passion du point tige, du point gribiche, et des autres. 

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j'en ai retrouvé quelques uns.

Chez Elle, derrière la porte de la chambre, il y a une commode dans laquelle il y a toujours un napperon, un porte serviette et des pelotes de laine qui attendent ainsi qu'une multitude de tresses de toutes les couleurs avec du coton DMC. Le soir quand mes parents rentrent du travail, nous dînons et ensuite nous repartons chez nous en empruntant un des derniers métros.

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Il y a aussi un dimanche ou deux par mois, ou mon oncle vient avec sa famille et où nous déjeunons tous ensemble rue du Château. L'hiver, c'est de longues parties de monopoly et parfois de belotes entre grands. L'été, tout le monde prend le train à la gare Montparnasse et nous allons pique niquer dans les bois de Chaville surtout au moment du 1er mai. Des dimanches simples dont je garde un bon souvenir.

Gare_Montparnasse_avant

Mamy a élevé un des fils de son frère "Mimi" mon cousin, nous sommes du même âge. Il vient souvent passer les jeudis avec moi et surtout les grandes vacances quand nous allons à Chemiré en Charnie. Je nous revois dans la salle commune, il y a deux lits anciens qui sont face à face et recouverts de gros édredons en plumes, la porte donne sur la rue du village, elle est curieuse la porte, quand on ouvre le battant du haut on voit les quelques voitures qui passent mais surtout on voit notre ami "Marcel Touchard" qui habite en face.

 

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maman devant la porte ancienne.

Chaque soir, nous allons chercher du lait à la ferme de la "Mère Ravari" elle nous apprend à traire les vaches. La ferme, n'est pas tout à fait à côté, il faut cheminer à travers les champs en cueillant des noisettes et en chantant.

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Maman, moi, mimi, Madame Ravari et devant sa petite fille Janique

Il y a aussi les balades en vélo tous ensemble jusque "Loué". Papa en tête et maman fermant la file. Tout le monde s'arrête avant de traverser la route nationale. Certains jours nous allons à la pêche dans la rivière en bas du village sur la route de Sillé le Guillaume. Il faut faire attention dans les haies qui entourent les pâtures parfois il y a des vipères ou des couleuvres.

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Le dimanche j'entraîne "Mimi" à la Messe, je ne dois pas manquer mon devoir dominical je dois même faire signer une carte qui prouve ma présence à l'église surtout l'année de ma première communion. Etant donné que je vais dans une école religieuse c'est une obligation.

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De joyeux moments qui agrémentent mon enfance et qui rendent un peu plus facile les durs moments de séparation le reste de l'année.


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Papy Joseph, nous a quitté en 1973, mamy Marguerite en 1994. Je peux dire très sincèrement qu'ils m'ont beaucoup donné et que je les ai beaucoup aimé.