J'ai toujours aimé écrire. J'ai toujours aimé partager avec les autres, connaître la vie ailleurs. Manouedith est une grande curieuse ! Je peux vous assurer que contrairement à ce que nous pensons la France est un beau pays, on nous envie et on y est bien.

Dans les années 1990, j'ai passé des petites annonces dans des journaux spécialisés en demandant des correspondantes à l'étranger parlant français, pour  développer une amitié sincère, j'avais joins un descriptif de ce que j'aimais et de ce que j'aimerais des personnes qui m'écriraient.

 

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De nombreuses réponses sont arrivées à mon domicile. J'ai fait un tri et j'ai débuté cet échange régulièrement avec 5 ou 6 correspondantes. En quelques mois deux d'entre elles se sont détachées et sont devenues des amies. Une Bulgare : Maria et une japonaise Hiroko.

 

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Maria la Bulgare avait mon âge et elle m'a écrit plus de cinq ans chaque semaine. Elle me décrivait sa vie pas très heureuse dans un pays qui venait de s'ouvrir à peine au monde. Elle avait une fille unique Miléna et Elles parlaient toutes deux le français et Elles rêvaient de notre beau pays qui, à leurs yeux étaient l'eldorado qu'un groupe de politiciens  leurs en avait privé l'accès, en se partageant l'Europe pendant la guerre froide. Malheureusement le destin a voulu qu'elles se retrouvent du mauvais côté de la barrière ; celle qui s'est refermée pendant des années les obligeant à se passer du monde.

 

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Inutile de dire, qu'elles avaient une soif de connaître autrement ce pays où les femmes étaient élégantes, cultivées et raffinées. Telles nous étions à leurs yeux. Notre Histoire de France était passionnante (petite parenthèse, toutes les correspondantes que j'ai eues connaissaient mieux notre histoire que nos jeunes d'aujourd'hui....), où les gens progressaient dans la liberté et ne manquaient de rien.

 

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En Bulgarie, il y a beaucoup de monastères Orthodoxes aussi bien pour les femmes que pour les hommes.

 

Régulièrement, je lui envoyais des colis avec des produits tellement insignifiants pour nous : sucre, farine et même médicaments pour son hyper tension qu'elle avait beaucoup de mal à se procurer dans son pays. Ces colis me coûtaient plus chers en transport que les produits qu'ils contenaient. L'envoi postal était limité à 2kg500, j'avais donc vite fait le tour, parfois j'en envoyais deux ou trois par mois.

 

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chaque année le 1er Mars, Elle m'envoyait une jolie carte avec le symbole du printemps "Martenitsa" ou appelé également "Martisor", ce symbole est pour fêter l'arrivée du printemps,  il existe également en Macédoine, en Grêce, en Serbie, en Roumanie, en Moldavie, en Ukraine du Sud Ouest et à l'Est de la République Tchèque.

 

A cette époque, je portais tout le temps des chapeaux, Maria m'avait demandé de lui en envoyer un que je ne mettais plus, ainsi Elle se sentirait plus parisienne !. Ce que j'ai fait avec joie, je lui en ai fait parvenir deux.

 

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La Pâques Orthodoxe en Bulgarie cette année est le : 5 Mai, on l'appelle également le Velikden.

 

Quant à Hiriko, Elle est arrivée dans ma vie à peu près au même moment. Nos échanges ont été un peu plus compliqués car Elle ne parlait pas français et m'écrivait en anglais, il me fallait avoir l'aide de mes enfants pour lire ses lettres et lui répondre. Nos échanges se limitaient souvent à de très jolies cartes postales m'expliquant leurs coutumes, de photos familiales, d'évènements familiaux. Échanges plus compliqués mais tout aussi intéressants que mes correspondances avec Maria.

 

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Avec Hiriko, nos échanges se sont stoppés nets après le tremblement de terre de Kobé en 1995. J'ai donc supposé qu'Elle avait disparu lors du tremblement de terre.

 

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Le partage des traditions, le repas de mariage se fait en costume local, alors que pour la cérémonie la mariée est en blanc.

 

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Quant à Maria, nos correspondances se sont terminées quand ma vie a changé et que j'ai sombré dans une terrible dépression. Ensuite les années ont passé, je me suis reconstruite et nous nous sommes perdues de vue. Dernièrement, avec les nouveaux moyens de communication, j'ai essayé mais en vain de la retrouver. Je me suis décidée à écrire à l'adresse que j'avais encore et j'ai laissé mon email. Par retour, j'ai eu  la surprise de recevoir une lettre de Miléna sa fille, m'apprenant malheureusement qu'Elle avait été emportée par un cancer en 2006. Miléna m'a proposé de reprendre nos échanges comme avec sa maman, c'est avec plaisir que j'ai accepté, mais rien ne semble plus être comme avec Maria, car mes mails restent souvent sans réponse. 

 

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La madone Bulgare, ici représentée par une paysanne bulgare dans sa maison ; peinte par Vassil Stoilov

 

  

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Pour un de mes anniversaires cette carte avec ces voeux chaleureux et sincères :

Chère Edith, je vous souhaite à vous et à toute la famille, la chaleur, la joie et l'ivresse du printemps. Soyez heureuses, joyeuses et belles ! Maria 

  

A la même époque, et même à partir des années 1985, j'ai soutenu des enfants du tiers monde en Afrique, en Inde et en Asie, à travers l'association "Aide et Action". Nous échangions 2 à 3 fois par an avec le filleul que nous soutenions. Là aussi, merci à mes filles qui étaient mises à contribution comme interprètes d'anglais. Certains échanges se sont arrêtés quand les enfants n'allaient plus à l'école et repris par d'autres jusqu'à ma dépression.

 

 

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En 1998, je suis allée au Vietnam, une de mes filles aussi, Elle y est restée plusieurs mois dans le cadre de ses études de médecine, quand elle est rentrée, je me suis mise à échanger avec la jeune fille qui était son support vietnamien à l'hôpital d'Hanoï et la correspondance a duré plusieurs années, j'ai reçu cette jeune fille en stage en France plusieurs fois, nous étions sa famille française et nous continuons toujours à correspondre et surtout à ne pas se perdre de vue. "Ha"  fait partie de notre famille.

 

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Les échanges d'amitié postale ne datent pas d'aujourd'hui. Sur deux brocantes, il y a quelques années, j'ai retrouvé tout un lot qui se suivait de cartes postales anciennes venant de Turquie et qui relatait une correspondance régulière entre une jeune fille de 12 ans Grecque habitant la Turquie et une jeune picarde du même âge : Marcelle Dagneaux qui habitait Villequin Aumont dans l'Aisne.

 

 

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C'est émouvant, de voir que ces cartes de deux jeunes filles de part et d'autre des frontières se retrouvaient sur des brocantes au bon gré certainement de ceux qui ont vidé une maison. J'ai reconstitué toute la correspondance de 1905 à 1908.  Comme ces années là, les cartes étaient envoyées sans enveloppe, Elle écrivait sur tous les endroits libres, ce n'était pas non plus des romans, mais suffisamment explicite pour revivre certains sentiments échangés entre Dora Moazzo et Marcelle Dagneaux, et c'était assez facile d'imaginer un peu la vie de deux jeunes filles de la belle époque.

  

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Il y a quelques mois, une Internaute Tchèque " Véra", qui visitait en silence régulièrement mon blog, m'a envoyé un message par l'intermédiaire de canalblog, me demandant d'échanger avec Elle. Nous sommes de la même génération, nous aimons les mêmes choses et pour Elle aussi, la France qu'Elle connaît un peu est à ses yeux un très grand pays et Elle admire les femmes françaises.

 

 

 

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Depuis, nous échangeons régulièrement et avec l'outil magique qu'est Skype, nous avons fait connaissance. De longues conversations se sont installées, des moments simples et plein de partage de nos deux pays. Parmi les régions qu'Elle a visité chez nous, Elle a séjourné en Picardie à quelques  kilomètres où nous habitions avant 2007.

 

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Donc, voyez-vous où m'entraine ma passion d'écrire, ma passion du partage, ma passion des échanges. De simples moments qui tissent au jour le jour des toiles d'amitié au-delà des frontières. 

 

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Dans les années 1990 un des plus grands ponts de l'Europe "Le Pont de l'Amitié" qui rattache la Bulgarie à la Roumanie.