Dernièrement, en regardant par hasard, l’émission de Stéphane Plaza « Maisons à Vendre », j’ai suivi la visite d’appartements parisiens dans le XIème arrondissement, dont un petit 50 m² pour plus de 400.000 euros !

 

stéphane plaza

 

Je me suis revue, dans l’appartement de mes parents au 55 bis, rue Jean Pierre Timbaud dans les années 1950. Notre immeuble avait été construit en 1870, comme beaucoup de cette époque, il avait plutôt l'aspect crasseux. Ils étaient  minuscules pour la plupart, une ou deux pièces, des WC à la turc  souvent d’une hygiène douteuse sur le palier pour les habitants de l'étage.

55 bis rue JP timbaud

Pendant la guerre, maman travaillait au rez-de-chaussée dans la miroiterie de mon père biologique et elle était logée dans un  deux pièces au 5ème étage.  Quand ils se sont séparés, elle a conservé son logement. Et quand elle s’est mariée en 1951, papa et elle ont acheté ces deux pièces.  L’hôtel voisin à qui appartenait l’immeuble, vendait une partie de son patrimoine dont tous les appartements de la maison voisine.

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 Il n’y avait plus de concierge depuis bien longtemps. On rentrait par une porte cochère marron, dans un couloir très mal éclairé, où sur le mur de droite trônait environ une quinzaine de boites aux lettres en tôle galvanisée. Pour certaines, les coins étaient cornés pour rendre l’accès à son courrier plus facilement quand on avait oublié la clef. Au fond du couloir, un escalier en bois et deux grosses poubelles identiques aux boites aux lettres qui servaient pour tous les habitants de l’immeuble. En principe, elles auraient dû se trouver dans la cour minuscule et sombre derrière l’immeuble ; ce qui donnait au couloir une odeur parfois particulière.

couloir

 Il y avait six étages, tous possédaient 3 appartements minuscules par étage, sauf au second et au troisième étage ou les propriétaires avaient déjà acheté tout le palier, ou une partie de celui-ci, pour agrandir leur habitation. Je me souviens au second de la famille Baud.

escalier

Au quatrième étage, juste en dessous de nous, un couple folklorique, une ancienne prostituée et son compagnon à la cervelle un peu dérangée. Chaque après-midi, il fermait ses volets et caché derrière, il haranguait les passants en leur criant : « Trou du cult, mal foutu, je te vois et tu ne me vois pas ». C’était sa façon de s’occuper, pas très élégante mais absolument pas méchante. Sa compagne m’amusait beaucoup, elle se promenait souvent dans les escaliers en déshabillé de satin rose transparent et coiffé de bigoudis.

 

volets

déshabillé

 

A notre étage, un  couple que nous ne fréquentions pas beaucoup et deux chambres minuscules occupées, l’une par une vieille dame « Madame Jeanne » qui avait la  consigne de jeter un œil sur moi quand j’étais seule à la maison ; je l’aimais bien Madame Jeanne, quand j’allais chez elle, j’étais toujours surprise par cette minuscule pièce sombre sans aucun confort  avec une fenêtre qui donnait sur la cour elle semblait habiter là, depuis de nombreuses années. En face Madame Ferrant et sa fille, toutes les deux travaillaient dans la journée ; une seule pièce aussi pour Elles deux, plus claire puisqu’elle donnait sur la rue, mais sans aucun confort non plus. Pour nous, en 2015, cela semble incroyable et pourtant à Paris dans ces années là, beaucoup  d’immeubles étaient comme celui-ci.

 

immeubles 6

 

Nos deux pièces se trouvaient en face de l’escalier. Dans la première la salle à manger d’environ 12 m², sur laquelle était prise un petit cabanon qui était avant notre arrivée une toute petite salle d’eau avec douche et lavabo. Pour nous, la douche sera retirée et des étagères seront installées pour ranger tous les ustensiles de  cuisine. et le lavabo servira d’évier,  en face, une gazinière louée à l’E.D.F. a l’époque une cuisine était plus indispensable qu’une salle d’eau.

immeuble 7

 suivant les arrondissements et les quartiers, le parc immobilier était différent, et avec un peu plus de confort.

 

 Dans la seconde pièce la chambre de mes parents, en coin dans un cosy un lit de deux personnes. Je me souviens même, quand maman n’était pas mariée et que ma grand-mère et moi venions à Paris, nous couchions toutes les trois dans ce lit, ma grand-mère et maman et moi dans l’autre sens au pied. Derrière la porte, une penderie, au pied du lit une belle armoire et une jolie table basse ronde des années 1940 et dans le coin près de la fenêtre une très belle coiffeuse tout en glace (un reliquat de la miroiterie), j’adorais cette coiffeuse d’un autre temps.

 

cosy

 

coiffeuse

 

Maman était comme moi, avec pas grand-chose, elle a donné une âme à ce petit appartement  et le rendait agréable malgré l’immeuble crasseux. Une jolie petite salle à manger Louis Philippe donnée par mon arrière grand-mère égayait la pièce, toujours de beaux doubles rideaux garnissaient les deux fenêtres. Une fois la porte refermée, nous étions bien dans ces deux petites pièces.

salle à manger

 

Je ne venais que le WE dans cet appartement. Moi en semaine, je vivais la vie de château dans l’institution religieuse dans laquelle j’étais en pension. D’abord à St Germain en Laye et ensuite au château de Bry sur Marne. Mes parents m’avaient installé une banquette d’une personne que l’on ouvrait quand je venais. Pour cela ils avaient été obligés de retirer la cheminée au manteau de marbre noir et chauffer l’ensemble par un radiateur électrique à bains d huile.

canapé

 Le mien me semblait plus petit et plus moche, il était recouvert d'un reps marron.

 

N’ayant jamais vécu entièrement avec maman, après le renouvellement de ma communion solennelle en 1955, ils ont décidé de me retirer de la pension et me mettre à l’école religieuse St Vincent de Paul au bout de la rue. Un essai, comme disait maman. Cette cohabitation n’a pas été simple et n’a durée que deux ans, le temps de passer mon certificat d’études. Comme je l’ai déjà dit, maman n’était pas une mère, difficile pour Elle de me faire une petite place, avec papa cela allait beaucoup mieux. C’est donc à la rentrée scolaire 1958 que j’ai retrouvé ma vie de château.

chateau de bry

 

 

Si mes parents avaient gardé cet appartement et par la suite racheté les deux chambres voisines, ils auraient fait un sérieux placement. Mais ils l'ont revendu dans l'état avant les années 1960, pour en acheter un, mieux équipé dans le XVIIème arrondissement.

  

La semaine prochaine je vous raconterai la suite des appartements parisiens de l’époque.