La semaine dernière, je vous ai raconté, comment vivait à Paris, une certaine partie de la société française, dans les années 1950. Celle dont je faisais parti. Mes parents n’étaient ni riche, ni pauvre, les HLM n’existaient pas. Papa était Opérateur dans le service IBM de sociétés parisiennes (les prémices de l’informatique) il supervisait également tout l’atelier mécanographique composé de Mécanographes et de perforatrices des métiers qui n’existent plus depuis les années 1965/1970. Maman était vendeuse dans les grands magasins parisiens.


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Dans le quatorzième arrondissement, sur l’autre rive de la Seine,  vivaient les parents de papa, dans deux pièces à peu près identiques. Sans confort non plus, chez eux les WC sur le palier étaient à demi palier. Ils habitaient au troisième étage et l’on rentrait par la cuisine directement, celle-ci possédait une cuisinière à charbon, il fallait monter de la cave chaque jour les boulets pour l’alimenter. Un placard occupait tout le mur face à la cuisinière, il contenait tous  les ustensiles nécessaire à la cuisine.

 

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Une toute petite salle à manger de 10 m² à peine. Et une chambre un peu plus grande, que mes grands-parents ont toujours partagée avec leur deux fils jusqu’à leur mariage.

Au 1er étage l’hiver mon arrière grand-mère occupait une pièce sans confort, au printemps, elle retournait dans sa maison dans un joli petit village sarthois.

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Ma grand-mère était arrivée à Paris dans les années 1920, venant de sa Sarthe natale, elle a occupé cet appartement avec son mari pratiquement jusqu’à la fin de sa vie.

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 Les deux ans et demi, où je suis allée à l’école rue Jean Pierre Timbaud, chaque jeudi matin, je prenais le bus à la place de la République pour aller passer la journée chez eux. Mes parents me retrouvaient le soir après leur travail et après le dîner nous reprenions le métro à Mouton Duvernet pour rentrer à Parmentier. Moi, le matin, je préférais prendre le bus même s’il fallait en changer, car à l’époque sur la plate forme arrière, j’admirais tout Paris et j’aimais traverser la Concorde et tout le quartier latin.

Mouton Duvernet

 

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 Tous les jeudis, le rituel était le même, nous allions nous promener sur le boulevard Denfert Rochereau entre Prisunic et Monoprix et nous allions jusqu’au Lion de Belfort. Ce boulevard et parfois la rue de la Gaieté  je les arpentais tous les jeudis. Quand nous rentrions, ma grand-mère m’apprenait à broder ; souvent elle m’avait acheter un napperon à faire à Prisunic ou au Monoprix. Que de beaux souvenirs de ces jeudis là. J’aimais beaucoup mes seconds grands-parents. Mamy était une petite bonne femme de 1m50 et papy Joseph un grand bonhomme à la moustache hitlérienne, il mesurait 1m80. Ils formaient un couple étrange mais tellement gentil. Pourtant ils n’étaient que des grands-parents de cœur, jamais ils n’ont fait de différence avec leurs autres petits enfants. Ce qui est courant maintenant ne l’était pas à l’époque.

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voici un de ces napperons retrouvé dans mon armoire

Donc voyez-vous Paris ce n’était pas seulement les immeubles Haussmanniens dont on peut rêver.

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En revanche, quand j’ai eu 15 ans, mes parents ont changé de quartier pour la porte d’Asnières, là, commencement du modernisme et du confort. L’appartement se trouvait dans un bel immeuble mais au dernier étage c’est-à-dire au 6ème étage sans ascenseur, deux chambres, une cuisine normale et une salle à manger ; des WC à la turc sur lesquels on mettait une caillebotis pour prendre sa douche. Enorme avancée malgré tout. Nous approchions des années 1960. Le dimanche, souvent nous allions à pied sur les Champs Elysées.

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 Un autre appartement si l’on peut l’appeler ainsi. Deux chambres de bonnes séparées par le palier commun, rue de Bruxelles à la Place Clichy, un autre quartier très  agréable qui a vu mes débuts de maman. Quand je me suis mariée la première fois, ma belle mère nous a acheté ces deux chambres, aucun confort non plus, les WC communs une douche qui n’a jamais fonctionné et un mari pas bricoleur, tellement habitué lui aussi à l’inconfort de l’appartement de sa mère Rue des Moines n’a jamais essayé de la faire fonctionner pendant les deux ans où nous y sommes restés. Mais c’était ainsi, nous n’étions pas les seuls parisiens à vivre comme ça. Dans les années 1960, dans les beaux immeubles ou il y avait des chambres de bonnes au dernier étage, les propriétaires n’ayant plus de personnel de maison, vendaient les chambres de bonnes et c’est avec cette opportunité que j’ai débuté comme d’autres, ma vie de femme. Mais nous avions quelques avantages, nous étions encore dans la Capitale, nous pouvions aller nous promener d’abord aux Buttes Chaumont, ensuite au Parc Monceau et dans les années 1960, au Sacré Cœur.

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Ce n’est seulement qu'en 1965, au 1 an de mon premier bébé que nous avons partagé enfin un appartement avec tout le confort et avec de l’espace, mais à Aubervillers !. Après nous avons commencé à acheter une maison et puis une autre et jamais je ne suis redevenue locataire. Mes grands-parents m’ont toujours inculqué dès le plus jeune âge qu’il fallait tout faire pour avoir sa maison ou son appartement afin de ne plus avoir de loyer à payer quand on est à la retraite, mais pour cela, il a quand même fallu se priver un peu pendant nos plus belles années, mais c'était un choix que je ne regrette pas. C’est aussi à mes deux grands-parents que je dois mon côté fourmi. et la façon dont j'ai géré l'essentiel de ma vie. Et je pense ne pas l'avoir loupée.

 

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Je trouve toujours drôle quand on est arrivé dans la dernière partie de sa vie, d'avoir le besoin de regarder dans le rétroviseur !