Parfois un rêve, réveille des souvenirs enfuis au plus profond de vous !

 

rêver

 

 Dernièrement, j’ai rêvé de mon amie de pension Charlotte. Le matin en me levant, j’ai décidé de faire un billet sur les vacances passées dans sa famille trois étés de suite. Il y avait longtemps que j’avais enfoui tous ces souvenirs et maintenant, ils me semblent si lointains. Après nos années d’abord à St. Germain en Laye, ensuite à Bry sur Marne, chacune de nous avons continué notre route et nos chemins se sont séparés, nos vies étaient tellement différentes. Je regrette de ne pas avoir de photos de cette époque là. Maintenant, un jeune qui part en vacances loin de chez lui, emporte soit un appareil photo ou un téléphone portable avec lequel il peut immortaliser les bons moments  de ses vacances.

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la propriété ressemblait à celle-ci 

 Charlotte de…. Etait ma confidente, ma grande amie, la sœur que je n’avais pas eue. Pendant plusieurs années nous avons tout partagé ; trois étés de suite, je suis allée passer 15 jours chez ses grands-parents avec Elle et ses deux soeurs dans un grand  relais  de chasse aux allures de château, aux portes de la Sologne.

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Elle avait une vie particulière et privilégiée par certains côtés. Elle était née, en Indochine comme on disait à cette époque. Son père était Officier Supérieur comme tous les hommes de sa famille depuis Napoléon. Elle avait passé toute son enfance à Saïgon et elle en gardait de merveilleux souvenirs qu'elle me racontait et je pense que c'est à cause d'Elle que j'ai aimé découvrir le Vietnam et l'Asie. En 1954, après Dien Bien Phu, ses parents rentrèrent en France et s’installèrent quelque temps en Sologne dans la propriété familiale jusqu’à la nouvelle affectation de son papa.

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Quand en 1955, ils repartirent vers d’autres cieux, ils décidèrent de laisser leurs filles en France afin qu’elles aient une vie plus stable et puissent suivre des études avec plus de facilité. C’est ainsi qu’ils décidèrent de mettre Charlotte chez les religieuses de St. Thomas de Villeneuve avec ses sœurs jumelles : Pauline et Louise  d’un an ses aînées. Chaque fin de semaine, elles rentraient chez leurs grands-parents à Paris où ils avaient un grand appartement Haussmannien  avenue Wagram.

avenue Wagram 

A l’époque, les religieuses de Saint Thomas de Villeneuve possédaient dans la région parisienne 2 grandes maisons bourgeoises « Chaville et St. Germain en Laye » et un château à Bry sur marne, tous transformés en pension pour jeunes filles de bonne famille. J’étais l’une des rares dont la famille n’était ni bourgeoise ni aristocratique, si j’avais atterri dans deux de ces établissements, c’était uniquement parce que ma tante était religieuse dans cette congrégation.

mosaîque brys sur marne

En 1956, Charlotte m’invita pour la première fois à passer les vacances chez ses grands-parents. Nous étions en septembre et je devais rester 15 jours. Je me souviens la première fois que j’ai découvert cette grande propriété avec des cachettes partout, je n’en revenais pas, j’avais déjà connu le château de St. Jouin quand j’y allais en colonie de vacances, mais là, c’était la maison de quelqu’un, pas une institution religieuse.

grande propriété

Quand j’ai découvert ma chambre, là aussi j’ai été émerveillée. Elle était  le double de celle que j’avais chez mes grands-parents, il y avait deux grands lits, une jolie commode ancienne au-dessus de laquelle trônait un miroir immense ; dans un coin   une cheminée en marbre rose, et à côté un  lavabo derrière un paravent, la salle de bains commune était sur le palier. A gauche du lit, s’ouvrait une porte qui donnait sur un cagibi éclairé par un œil de bœuf, et qui faisait office de dressing comme on dirait maintenant.

cheminee-ancienne

 La veille  de mon arrivée,  les deux cousins et la cousine de Charlotte,  Phlippe 10 ans, Marie, 9 ans et le petit Bertrand 4 ans étaient arrivés pour le dernier mois de vacances. Charlotte et ses sœurs étaient déjà là, depuis le début des vacances. Chaque année, les grands-parents recevaient tout l’été leurs enfants, leurs petits enfants ainsi que leurs neveux et nièces.  A cette époque, nous reprenions tous l’école le 1er octobre, nous avions donc trois mois de vacances.

 grande famille

Quand nous rentrions dans la propriété après avoir passé la grande grille, sur la gauche il y avait une maison de gardien occupée par un couple d’une cinquantaine d’années. Jacques, faisait office d’homme à tout faire et de jardinier, Jacqueline, son épouse était la cuisinière, mais aussi la femme de ménage et à l’occasion Sylvie, leur fille de 18 ans surveillait pendant les vacances les enfants des propriétaires.

 

maison de gardien

 

 elle nous faisaient déjeuner chaque midi et chaque soir, elle donnait le bain aux plus jeunes. Elle organisait régulièrement de supers jeux de piste parfois son frère en vacances chez eux, l’aidait à poser les indices dans toute la propriété. Dans la journée, nous faisions ce que nous voulions, à sept, nous trouvions toujours quelque chose à faire. Il y avait des balançoires, des agrès, une corde lisse (j’ai jamais été bonne pour monter à la corde). Il y avait également des vélos, certains semblaient d’un autre âge, il y en avait carrément un du début du XXème siècle tout noir et haut perché,  une vraie antiquité cet objet la.

 

vélo

 

Dans une des dépendances , une salle de jeux était aménagée, avec des jeux anciens que je ne connaissais pas comme la grenouille, les jeux de palets, un baby foot et même pour les adultes un billard. A l’extérieur un terrain de tennis un peu fatigué, mais qui reprenait du service pendant tout l’été, même les amis du village venaient  s’entraîner. Souvent l’après-midi Madame de…. Que j'appelais Simone (ses petits enfants l'appelaient bonne-maman), organisait des sorties dans les bois et nous faisait découvrir un tas de choses. Nous étions en septembre, le début des mûres . C’est la première fois que je découvrais la bruyère qui formait de jolis tapis de couleurs sous les arbres et qui éclairait les sous-bois. Ce château devait être un ancien relais de chasse, car dans l’entrée, nous étions accueillis par deux têtes de sangliers. C’était la seule chose que je n’aimais   pas.

 

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 Monsieur de….. semblait  moins accessible que son épouse, il s’enfermait souvent dans la bibliothèque. Lui aussi, ancien militaire de carrière, faisait un peu peur. Quand je suis arrivée, Jacqueline nous avait fait une grande tarte aux prunes, que nous avions partagée avec les grands-parents, ils m’ont tout de suite mis à l’aise en m’indiquant et en rappelant à tous leurs petits enfants quelques petites règles élémentaires pour eux, afin que notre séjour se déroule bien.

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 Monsieur de…. Nous a dit comme ça : Vous savez mes enfants, ici il y a du personnel, ils ont beaucoup à faire dans la grande maison, il faut donc  alléger leurs tâches comme vous le pouvez, ils ne sont pas à votre disposition. Ils ne rentreront jamais dans vos chambres, c’est donc à vous d’en prendre soin, tous les jours, vous n’oublierez pas de faire votre lit, de passer l’aspirateur au milieu de la semaine et la veille de votre départ et de ne pas oublier les poussières sur les meubles. Sinon, vous ne saurez plus faire quand vous rentrerez à la pension ; c’est vrai à St Germain en Laye, comme à Bry nous étions responsable de notre lit et de notre table et nous faisions la vaisselle par table, chacune notre tour .avec la maîtresse d’internat. Et une fois par semaine le jeudi matin, nous avions chacune de nous, un ménage attribué à une partie du château. Je me souviens, une année j'étais chargée avec 6 autres filles du parquet du parloir, un salon dans lequel nous allions quand nous avions une visite ou une réception. Nous mettions une paille de fer à notre pied droit et l'on frottait toute en avançant dans le même sens, ensuite une grande, balayait la poussière (pas d'aspirateur à l'époque) et ensuite on se remettait  toutes les six à côté l'une de l'autre et avec des patins on patinait ; le meilleur moment de la séance ménage, des glissages et des fous rire. Une autre année, j'étais chargée,  de balayer le grand escalier

faire le ménage 3

  Monsieur de... a continué, en précisant, toute la semaine sauf le samedi et le dimanche, vous mangerez avec Sylvie dans la cuisine, mais avant de repartir jouer, vous devrez l’aider à débarrasser la table et à laver la vaisselle. Le samedi et le dimanche, vous déjeunerez et vous dînerez avec nous dans la salle à manger, le soir vous vous changerez et vous arriverez à table après la douche, correctement habillés pour 19h30. Chaque soir à 22 heures vous descendrez nous dire bonsoir et vous irez vous couchez sagement dans vos chambres. Quand il s’est levé, Charlotte est montée avec moi pour m’aider à défaire ma valise, je me souviens, je venais d'avoir mes 13 ans, la veille et je me suis dit : oups ! C’est  l’armé ici.

 

laver la vaisselle

  Mis à part ces quelques mises au point militaire. Je repartais toujours ravie de mon séjour. je peux dire qu’à chaque fois, j’ai passé 15 jours de rêve. Monsieur de… nous a appris à faire un herbier, il nous emmenait dans les bois environnants et il nous apprenait les plantes, la botanique était sa passion. La première année, nous sommes d'abord allés en forêt pour cueillir des feuilles et des fleurs. En rentrant à la maison, nous avons répertorié, le tout en les mettant sécher dans de gros volumes reliés de l'Illustration sans oublier de noter la page dans laquelle nous les avions mis à sécher ainsi que le nom de la plante. Et l'année suivante à l'aide de notre répertoire ou tout était noté, nous les avons collés dans un cahier.  C'est une activité que des années plus tard j'ai repris avec les enfants plusieurs fois.

 

herbier de famille

 

. Simone, Madame de… était très gentille, douce, quand elle nous parlait c’était toujours gentiment sans nous donner d’ordre. Charlotte disait toujours : ma grand-mère c’est le gant de velours de mon grand-père. Elle nous apprenait à faire des tartes avec les fruits que nous rapportions. C’est Elle qui m’a appris à faire des sablés et à me servir d’un verre pour faire les formes ainsi que d’une  bouteille pour rouler la pâte.

 

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 Chaque année, les grands-parents arrivaient pour Pâques et repartaient à la Toussaint.  Quand Charlotte et ses soeurs étaient à la pension, le gardien venait les chercher chaque samedi midi et il les ramenait chaque lundi matin.  L’hiver, tout le monde rentrait avenue de Wagram. La propriété n’avait pas de chauffage central et c’était mieux ainsi.

 

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 Entrée du Parc Monceau XVIIème arrondissement de Paris

 Quand j’ai quitté la pension à mes 18 ans, et que je suis venue habiter chez mes parents à la porte d’Asnières, les deux premières années nous nous sommes revues souvent car nous habitions pas très loin l’une de l’autre et c’est quand elle est partie étudier en Angleterre que nous avons commencé à nous perdre de vue, ensuite je me suis mariée et mes parents sont  partis habiter en banlieue. Monsieur et Madame de….  Eux aussi ont quitté le 17ème arrondissement.

 

perdue de vue

 Quelques années plus tard, quand Internet s’est développé, j’ai essayé  de retrouver mon amie Charlotte par l’intermédiaire de « Copains d’avant » et là, j’ai retrouvé une autre interne de Bry qui m’a appris qu’elle était décédée dans un accident de voiture avec l’une de ses sœurs en  1970. J’avoue, j’ai été très peinée. J’ai réalisé à ce moment là, que notre lien était définitivement coupé.  Ma vie compliquée de l’époque a pris le dessus, je n’ai plus pensé à Elle, il a fallu ce rêve pour que tout un pan de ma vie remonte à la surface et me donne l’envie d’en parler. Bizarre quand même les rêves ! Pourquoi le subconscient travaille-t-il autant la nuit et vous fait revivre des évènements enfouis au plus profond de vous-même, aussi longtemps après ?

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