L'enfance est un sujet inépuisable pour moi. En fermant mes yeux, je me revois chez mes grands parents et je me remémore les plus merveilleux moments. Pourtant j'ai eu une enfance compliquée, mais, justement ces instants là, me sont encore plus précieux.

Au fond du jardin, il y avait un étang. En Picardie, après les marres à canards,

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les trous d'eau, s'appellent : des étangs. Ils sont plus ou moins grands. Ici, dans les prés-alpes, nous les appelons pompeusement des lacs. Et croyez-moi, il y en a partout ; même dans les endroits que l'on ne soupçonne  pas.

Mais revenons à mon étang. Le nôtre, était d'une superficie moyenne. Petit mari, aurait aimé le parcourir avec son canoë, il  en aurait fait très vite le tour. La barque qui s'y trouvait amarrée, servait à grand-père pour aller taquiner le goujon, certains après-midis d'été.

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Au bord de l'eau, il y avait une jolie petite construction aux vitres entourées de fer forgé, comme l'atelier de mon grand-père. Maintenant, à notre époque ces baies vitrées, servent de séparation entre une cuisine et un séjour et  donnent leur plus bel effet. Là, au fond du jardin, cette petite maison, servait de havre de paix, pour ceux et celles qui voulaient lire ou se reposer au bord de l'eau et à l'abri du vent.

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L'intérieur était assez rustique, mais il y avait une table que nous sortions pour nos pique niques, un buffet ancien et des fauteuils 1900 en rotin. Dans un coin plusieurs étagères, sur lesquels s'allignaient des livres pour enfants, des manuels de jardinage et d'appiculture, car Grand-père a eu sa période "abeilles", il faisait chaque année son miel. Et les petites travailleuses avaient leurs maisons à l'entrée du jardin.

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D'abord, j'ai aimé y venir jouer à la poupée et à la dînette, pendant que ma grand-mère jardinait tout en ayant un oeil sur moi. Un peu plus grande, j'ai installé une chaise longue et je venais  lire tranquillement dans ce petit coin de paradis. C'est là, que j'ai dévoré toute la littérature de la Comtesse de Ségur.

Mes grands-parents recevaient beaucoup l'été, famille et amis se succédaient. Quand le temps le permettait, nous allions pique niquer là bas. Ces jours là, grand-mère préparait la veille un repas froid. Ver 11h30, nous mettions tout dans la carriole (celle qui servait à aller ramasser du bois mort dans les bois environnants.) Il ne fallait rien oublier, car elle n'aimait pas avoir à faire des pas pour rien. De vrais festins.   Au dessert pépère poussait la chansonnette ou nous jouait de la mandoline.  Son air préféré , une chanson de Berthe Silva : "Du gris que l'on prend dans ses doigts." A chaque fois que j'entends cette chanson, je ne peux m'empécher de penser à lui. Des dimanches enchanteurs que ne connaîtront jamais les enfants de maintenant.

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Quand j'étais adolescente, c'est là, que je me réfugiais pour écrire mon journal intime, que je  cachais sous une latte du plancher. Premiers émois, premiers flirts, premiers sentiments. J'avais 16 ans, mon Dieu comme c'est loin et encore tellement présent ; j'ai toujours été une grande sentimentale et une grande romantique. J'avais baptisé mon refuge : "Refuge de la Marquise", en souvenir de la jolie maison de ma grande tante "La Duchesse", dont je vous ai déjà parlée.

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Les années ont passé et je m'en suis allée. Après le décès de ma grand-mère, j'ai vendu la maison. Pourtant elle comptait beaucoup pour moi. Mais mon mari, a  trouvé qu'il y avait trop de frais pour la rendre confortable et plus aux normes des années 1980. Dans cette petite ville, il ne me reste  que "notre résidence secondaire", comme disaient mes grands-parents, et elle se trouve au cimetière.   Je n'y vais plus très souvent. Mais un jour, je me suis payée de culot et j'ai sonné à la porte des propriétaires actuels. Ils m'ont reçu gentiment et m'ont fait découvrir avec fierté leur dernière rénovation au fond du jardin.

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Je suis restée ébahie en retrouvant mon refuge.

Le refuge de la Marquise, est maintenant un joli studio dans lequel on y a mis toutes les commodités : kitchenette, WC, douche et lavabo. Le restant de la pièce est décorée avec beaucoup de goût, des sofas et des fauteuils donnent à cet endroit un aspect encore plus chaleureux. Pas de télévision ni d'ordinateur. Les bords de l'étang et le jardin sont joliment aménagés. Une suspension en fer forgé retrouvée dans l'atelier est scellée dans le mur avec une jolie pancarte  : "Le Refuge de la Marquise."

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En quittant l'endroit de mes jeunes années, j'étais très émue et contente de voir que d'autres personnes ont continué à l'embélir, tout en faisant un clin d'oeil au ferronnier d'art qu'était mon grand-père. Ne dit-on pas : "que nous sommes sur terre, simplement des dépositaires de nos biens" ?

 

Les aquarelles ont été relevées sur le Net