Afficher l'image d'origine

C’était il y a fort longtemps. Mon mari et moi, avions l’envie d’agrandir notre famille, en adoptant des enfants du tiers monde. Après plusieurs démarches pour obtenir un agrément. Nous sommes passés devant une psychologue qui nous a dit :" pourquoi, aller à  l‘autre bout du monde pour adopter un enfant ?"   Savez-vous que vous pourriez donner de l’amour à des enfants français qui sont en recherche de famille d’accueil, qui ont encore des parents, soit très absents ou dans l’impossibilité de les garder chez eux. Ils ne seront peut être pas adoptables, mais ils ont besoin d’affection. Et vous serez rémunérés. Je précise, dans les années 1985, la politique des service sociaux n’était pas celle de maintenant.

Résultat d’images pour enfant du tiers monde dessin 

Alors, oui, pourquoi pas. Etant donné que notre première démarche n’était pas celle de prendre un enfant des services sociaux, mais l’adoption. Ils nous ont confié une petite fille, qui n’aurait jamais la possibilité de retourner vivre dans sa famille. Une assistante sociale, très gentille est venue nous voir pour nous raconter la courte vie de notre future demoiselle et nous confier son lit qu’elle avait pris avec elle lorsqu'elle l'avait  retirée à ses parents et qu’elle détenait toujours dans son bureau (fait exceptionnel à cette époque). C’est la seule assistante sociale que j’ai connue à cette époque, qui avait autant d’humanité et dérogeait aux ordres de ses supérieurs, malheureusement quelques mois après, elle a été mutée ailleurs et remplacée par une gamine qui n’avait pas les mêmes sentiments et les mêmes qualités de coeur.

Shirley Temple Portrait aquarelle peinture Print - petit enfant Portrait - Blonde cheveux bouclés

Je me souviens la première fois que nous avons fait sa connaissance, une jolie poupée aux cheveux blonds, qui n’avait pas encore trois ans. Depuis qu’elle avait été retirée à sa famille, elle avait été placée dans une famille avec laquelle cela ne s’était pas très bien passé. Avant de nous la confier il a fallu y aller par plusieurs étapes. D’abord,  quelques heures, après une matinée et ensuite une journée entière. La première fois, en découvrant notre univers, elle s’est rendu compte que notre chien «  Raspoutine » un épagneul breton, très gentil avec les enfants, allait demander de l’eau en mordant le robinet du bidet. Elle a voulu faire pareil, et elle s’est cassée sa toute jeune dent de lait de devant. Inutile de dire, que nous étions inquiets de la réaction de l’assistante sociale qui allait venir la rechercher. Bon, elle en a rit.

Afficher l'image d'origine 

 Au bout de trois semaines, elle s’est mise à pleurer, quand il fallait repartir le soir. Mais le protocole établi par les services sociaux était d’abord 6 semaines d’essai. A plusieurs reprises, nous avons demandé à écourter, mais en vain. A chaque fois, la voir pleurer et s’accrocher à nous au moment de repartir, cela nous faisait beaucoup de mal à tous.

 Afficher l'image d'origine

 Avant de prendre cette décision familiale, nous avions réuni nos filles, tout au moins les trois qui étaient encore à la maison et nous leur avons demandé leur avis. A l’unanimité, la réponse a été « oui ». Pour Chrystel, qui avait 17 ans et qui allait et venait avec ses copines et habitait toujours à la maison, elle s’est tout de suite attachée à Elle, tout comme  son petit copain Christophe, elle aimait coiffer ses jolis cheveux blonds et lui mettre de jolies barrettes dans les cheveux. Pour Gratienne et Bérangère, pour Elles deux,  c’étaient une nouvelle petite sœur. Elle a été dès son arrivée notre cinquième fille, mon mari s’en occupait comme  de la sienne, il lui faisait découvrir un tas de nouvelles choses. Je me souviens d’une visite à Nausicaa, à chaque borne il lui expliquait la naissance des poissons. Dans toute la famille, il n’y a jamais eu de différence. Les cadeaux de Noël ou d’anniversaire étaient les mêmes.

Peintre célèbre - Pierre Auguste Renoir 

Quand elle est arrivée à la maison, elle avait un petit problème urinaire, elle s’est faite opérer et de sa fenêtre d’hôpital, elle voyait l’endroit où elle s’était cassée le bras et la fenêtre où habitait l’assistante maternelle précédente, de chez qui elle avait de mauvais souvenirs, elle n’arrêtait pas de dire, c’est « chez tata méchante ». Il faut dire qu’elle était tombée d’une cage à poule dans l’espace jeux, l’assistante maternelle ne l’a pas faite soigner tout de suite et elle a été  opérée quelques jours plus tard. Le chirurgien n’a pas pu lui réparer correctement le bras, elle gardera un bras abîmé et une très vilaine cicatrice.

Afficher l'image d'origine 

Comme tous les enfants, elle a fait quelques bêtises aussi. Par exemple une des premières fois ou nous sommes allés rendre visite à ma fille aînée qui était déjà mariée.  En allant aux WC, elle s’y est attardée et a dégustée le produit de détartrage bleu qui se trouvait accroché dans la cuvette. Résultat premier passage avec nous, aux urgences de l'hôpital de la région. Quelques années plus tard, elle a échangé avec une petite copine de l’école la bague de fiançailles de ma grand-mère, elle me l’avait donnée avant de mourir et j'y tenais beaucoup, contre une bague de pacotille. Ceci dit, je n’ai jamais pu récupérer ma bague. Je ne lui en ai pas voulu, car c’est une bêtise d’un enfant de 4 ou 5 ans. Mais j’avoue en avoir eu beaucoup de peine, car elle m’avait été offerte à un moment tragique de ma vie et ma grand-mère avait prononcé en me l’offrant, des mots que je n’oublierai jamais.

 Afficher l'image d'origine

 Quand elle a eu 3 ans ses parents qui à cette époque venaient régulièrement la voir à la maison, nous ont demandé si nous pouvions la faire baptiser et ils aimeraient que nous soyons ses parrain et marraine. Nous avons accepté et ce dimanche là, nous avons fait un copieux goûter après la cérémonie. Bel après-midi de partage, ils s’étaient tous les deux mis sur leur trente et un et ils étaient fiers en sortant de l’église de la tenir par la main. C’étaient des gens simples, que la vie avait bousculés  plus que les autres et les avait privé d’une vie comme "tout le monde". Ils aimaient leur fille, les deux premières années ils venaient la voir à la maison régulièrement, ensuite le papa a changé de route et n’a plus donné signe de vie. Mais la maman très courageuse, trouvait toujours un petit boulot des appartements de fortune, avait une vie très compliquée, mais jamais elle n'a coupé le lien avec sa fille. Parfois en venant en bus à la maison, elle demandait une pièce aux gens dans le bus pour retourner chez elle, et leur disait qu’elle venait voir sa fille qui était placée et qu’elle n’avait plus de sou pour rentrer. Une femme que j’appréciais et avec laquelle je n’ai jamais coupé le maigre fil  qui s’était tissée entre nous il y a si longtemps et il est resté ainsi jusqu’à sa mort. Elle aimait bavarder avec moi et me raconter ses misères. Du baptême j’ai toujours gardé la jolie boite de dragées qu’ils nous avaient offert et prochainement je vais la redonner à Marie.

Résultat d’images pour parents avec leur enfant 

La première année, Marie  nous a appelé Parrain et Marraine ; mais quand Dominique est arrivé à la maison, à l’âge de 9 ans, n’ayant jamais appelé une femme « maman », il a voulu m'appeler ainsi, comme c’est lui qui avait choisi, nous avons laissé faire, ça fait du bien de dire « maman » pour la première fois à quelqu’un qui remplace sa maman. Pour Elle ce n’était pas normal qu’elle ne puisse pas m’appeler « maman », donc d’elle-même elle a pris l’habitude de m’appeler comme ça. Elle disait à tout le monde qu'elle, elle avait de la chance elle avait deux mamans.  Je me rappelle le premier jour qu’elle l'a fait, nous étions sur une brocante et toute la journée, elle n’a pas arrêté pour un oui et pour un non de chanter « maman, papa ».  Inutile de dire que les services sociaux n’ont pas apprécié du tout. Je n’ai jamais cédé aux ordres qu’ils me donnaient, et je leur ai souvent rappelé que notre démarche au début était de vouloir adopter un enfant sans amour de l'autre bout du monde et que c’est eux qui nous ont persuadé de prendre un enfant de leur service et que l'amour à donner est pour tous les enfants le même. Je n’ai jamais été docile avec eux, mon côté rebelle ne m’a pas servi quelques années plus tard. Mais je leur ai toujours tenu tête. Et l'avenir m'a prouvé que j'avais eu raison.

Image du Blog lilinewinnie.centerblog.net

  Ainsi s’en sont allées les neuf premières années de cette jolie poupée blonde. Mais, au moment du départ de mon mari et de la galère qui s’en est suivie. En 8 jours de temps, elle m'a étéreprise  et ils m’ont laissé Dominique, qui avait 16 ans. Comme à leur habitude, une assistante sociale est allée la chercher à l’école et sur le chemin de la maison, lui a fait miroiter les avantages du foyer dans lequel ils allaient la mettre.

Afficher l'image d'origine 

Quand le jour du départ est arrivé, le matin j’ai préparé toutes ses affaires, sans oublier le joli landau qu’elle avait eu à Noël, je lui ai mis sa plus jolie robe, je lui ai fait une belle coiffure et nous avons attendu l’arrivée de la personne qui devait venir la chercher. En principe à cette époque là, quand un enfant  était retiré, il repartait avec sa petite valise mais pas question d’emporter les jouets. C’était ne pas me connaître, j’ai obligé celle-ci à tout prendre, elle a bien essayé de dire que sa voiture était trop petite. Je lui ai répondu pas de problèmes Madame, vous retirez les sièges arrière de votre R5, je vous les garde dans mon garage, vous les reprendrez au retour, mais vous emmenez tout. Dominique, s’est fait un plaisir de lui retirer ses sièges et de tout mettre dans la voiture.

Afficher l'image d'origine

Je me souviens de cette petite princesse qui nous faisait au revoir sur le pas de la porte, assise à côté de Madame .… Dominique content lui de rester. Et moi déboussolée. Malgré tout j’ai gardé assez de sang froid ce jour là pour ne pas lui montrer mes larmes. Une fois la porte refermée, c’est vers le téléphone que je me suis dirigée pour appeler ma fille Chrystel qui travaillait dans la ville de la préfecture et je lui ai demandé d’aller au Tribunal de Grande Instance et de me rapporter des imprimés pour solliciter un droit de visite et d’hébergement  mensuel. Inutile de vous dire que les services sociaux n’ont pas du tout apprécié et tout fait pour que je ne l’obtienne pas, mais manque de chance mon dossier était conséquent et bien ficelé, ce qu’ils ne savaient pas c’était que j’étais une passionnée d’écriture et de photos et que dès le premier jour de son arrivée et même pendant sa période d’adaptation, je lui avais fait un livre, racontant l’histoire  de sa vie et de tous ces instants  passés chez nous en famille. En partant je l’avais confié à la directrice du foyer dans lequel elle avait été acceptée, celle-ci l’ayant lu après, a essayé de faire croire que je racontais des mensonges et que j'avais enjolivé. Mais je suis certainement tombée sur un juge intelligent et sensible, car j’ai obtenu une garde avec hébergement une fois par mois. Ce qui ne s’était jamais vu à l'époque dans mon département.

Afficher l'image d'origine 

 Ma vie cette année là, était assez chaotique, mon mari m’avait quitté, c’était ma période de grande dépression. J’ai assuré mes visites et c’est avec joie que j’allais la récupérer dans son foyer et la reconduire le dimanche soir. J’ai participé à sa communion solennelle. Ensuite j’ai voulu refaire ma vie, le nouvel homme qui a partagé ma vie pendant 3 ans l’a très bien accepté, il l’aimait bien, elle a été aussi très acceptée dans ma nouvelle belle famille. Elle avait 15 ans, nous avons entrepris une nouvelle demande pour qu’elle vienne revivre avec nous. Nouvelle enquête, nouveau psychologue et là, la sentence : "NON",  raison qui m’a été donnée verbalement : « Vous êtes une famille trop bourgeoise ». Inutile de vous dire c’est une douche froide que j’ai reçue ce jour là. Elle a continué à venir périodiquement et les années se sont écoulées. Mon mari est décédé l’année suivante.

 

Afficher l'image d'origineAfficher l'image d'origine 

vous êtes une famille bourgeoise ! 

Elle voulait être esthéticienne, des études trop chers à ce moment là, à 18 ans, elle s’est retrouvée dans une autre filière. Et mise avec une autre jeune des services sociaux dans un appartement thérapeutique surveillée chaque jour par des éducateurs. Première liberté. Elle devait passer son permis de conduire que je m’étais promise de lui payer, elle a commencé, et un beau jour, elle a tout laissé tomber. Marie, avait 7 demi frères et demi sœurs, elle  s’est mise à vouloir retrouver sa sœur aînée, elle la retrouvée et elle est partie vivre chez elle, au début cela s’est bien passé, mais au bout de quelques mois, elle est repartie et a commencé à vivre avec une colocataire, cela s'est très mal terminé. Elle s’est éloignée de moi mais elle  avait gardé un petit lien avec une de mes filles ; qui un jour m’a dit qu’elle n‘osait plus me recontacter et qu’elle était en difficulté. Nous nous sommes retrouvées et de ce jour là, plus jamais nous n’avons rompu le lien, pas toujours bien tendu, mais un lien qui lui était indispensable et qui jamais ne s’est cassé.

 Afficher l'image d'origine

A  partir de là, quelques années de galères, une grossesse pas facile, un petit ami encore trop jeune qui enchaînait les bêtises et pas simplement les petites. J’avoue, je n’étais pas très contente par cette grossesse avec un garçon imprévisible. De dures épreuves, pendant sa grossesse, j’ai toujours été là, pour la sortir de ses galères, mais à chaque fois elle retombait et retournait vers lui,. Une vie compliquée, mais une grande qualité héritée de sa maman, une fille super courageuse, enchaînant les intérims et restant rarement au chômage. Des périodes partagées avec le papa de sa fille, des périodes seules, des périodes ou elles ne me disaient pas toute la vérité, car elle savait que je ne comprenais pas ses choix.

 Afficher l'image d'origine

 En faisant ses choix de femme, elle a préféré retrouver les gens du milieu d'où elle venait, et ça pour moi c’était difficile à admettre. Elle vivait dans une HLM d’une ville très populaire avec tous les inconvénients qui sont loin de mes critères. Il a vraiment fallu que je travaille sur moi, pour enfin accepter sans juger. Et, il leur a falu du temps pour mûrir.

Afficher l'image d'origine

 Il y a deux ans, j’ai invité Clara, sa fille à venir passer des vacances d’été à la maison ; nous avons découvert une petite puce attachante, très menue, fragile avec un eczéma galopant par poussées imprévisibles sur les pieds et les mains et partout sur le corps. L’année dernière elle est revenue, mais n’est pas restée très longtemps, car petite fille unique depuis 9 ans, en juin 2015,   un petit frère est arrivé, elle avait envie de venir, mais aussi envie de rester auprès de son petit frère.

Afficher l'image d'origine 

Marie et le papa sont venus la rechercher et là, ils sont tombés amoureux de notre région et se sont jurés de venir l’habiter. J’avoue je n’y croyais pas trop, pas de travail et surtout le papa n’a pas de permis de conduire. Alors, les difficultés ne sont pas moindres.  Toute l’année elle a continué à regarder les annonces des HLM et un jour du mois de juin dernier,  elle est tombée sur une annonce, qui semblait leur convenir. Elle m’a demandé d’aller  visiter l'appartement ; il se trouve à 5 minutes à pied de la maison, c’est un appartement très correct, donnant sur nos montagnes, "notre château" et le Grand Colombier, à peu près la même vue que depuis chez nous. Elle avait pris une année sabbatique pour élever Théo, donc elle reprendra  ses intérims ici. Le papa pense s’acheter un scooter. Tout a été réglé en 1  mois et depuis le 29 juillet, une nouvelle vie s’ouvre à eux, il ne reste plus qu’à leur souhaiter beaucoup de chance.

 Afficher l'image d'origine

Il y a quelques temps, par l’intermédiaire de Facebook, elle avait retrouvé son papa dans un triste état, elle s’en est occupée quelques mois avant qu’il ne décède. Les liens tissés n’ont pas résisté à l’envie de vivre à côté de nous et de Bérangère. Elle était très attachée à Chrystel, et elle avait besoin de retisser un nouveau lien avec mon autre fille. Et puis, m’a-t-elle dit : tu vieillis et je veux encore pouvoir profiter de toi  et t’aider si tu as besoin.

J’ai toujours eu comme devise : Quand on veut on peut. La preuve.

Afficher l'image d'origine 

Alors Bonne Chance Marie et Fabrice.

 

 

les prénoms des personnes vivantes ont été changés.