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Remontons le temps. Et revenons d’abord  aux années  1948. Enfant, je me souviens, des cadeaux de  Noël que je recevais ; mais rarement des préparatifs.  Dans ces années là, ce n’était pas très courant de décorer sa maison. Et pourtant après les années de guerre qui n’étaient pas encore très loin, mettre du soleil chez soi, aurait fait du bien. Sauf, qu’il y avait encore tellement de choses à racheter. Décorer devenait futile.

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Une seule fois, j’ai vu un sapin chez nous. Il était à la place de la chaise de mon arrière grand-père Désir, dans la cuisine près de la cuisinière au charbon, le seul chauffage de toute la maison. Il n’était pas grand, planté dans un baquet avec de la terre tout au tour, garni de boules multicolores, de sujets argentés et de guirlandes scintillantes : il donnait un air de fête à la cuisine familiale. Le matin de Noël tous mes cadeaux étaient déposés au pied du sapin. Maman travaillant à Paris elle ne venait jamais ce jour là, c’était avec mes grands-parents que je les découvrais.

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Ils avaient été pour la plupart achetés par maman  dans la capitale et elle venait  le dimanche précédent les apporter. Je me souviens cette année là, d’une jolie robe de chambre en laine des Pyrénées rouge avec de gros pois blancs, j’étais contente, j’allais ressembler au Père Noël. J’avais toujours de jolies choses, maman parisienne dans l’âme, choisissait les dernières nouveautés.

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 Plus tard, quand j’étais en pension à Saint Germain en Laye, les préparatifs de Noël étaient différents, les religieuses décoraient la chapelle avec une grande crèche installée sous une grotte, nous y allions chaque soir faire notre prière avant de remonter au dortoir. Elles faisaient également un grand sapin et une autre crèche dans le parloir, pour les enfants qui ne rentraient pas chez elle ce jour là ; oui, malheureusement il y en avait toujours quelques unes dont les familles habitaient à l’autre bout du monde.

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 Moi, j’ai toujours eu la chance  de rentrer chez moi. Papa, venait me chercher au train à la gare Saint Lazare et nous allions chercher maman aux Galeries Lafayette où elle travaillait jusque 19h30, en l’attendant, il m’emmenait faire les vitrines des deux grands magasins  du boulevard Haussmann., rien de plus beau  pour l’enfant que j’étais.  Tout comme la distribution des jouets pour les enfants du personnel, une fête comme je n’en avais jamais vue, Le majestueux sapin différent  chaque année s’élançait depuis le pied des grands escaliers  vers la célèbre verrière voûtée que l’on doit au Maître Verrier  Jacques Gruber. Avec la distribution magique de jouets par un père Noël aux allures de vieux bonhomme très sympathique.

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 Le soir, nous allions réveillonner chez les parents de papa. Nous y retrouvions le frère de papa Maurice et sa famille. Papy et Mamy, n’étaient pas de vrais grands-parents car je n’étais pas vraiment leur petite fille, mais ils ont toujours été d’une grande  gentillesse avec moi, je me souviens de leur premier cadeau de Noël après le mariage de mes parents, une jolie montre, ma première montre de grande, je l’ai toujours gardée, elle trône maintenant dans l’armoire de mon cabinet de curiosité.

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Voici donc mes souvenirs des Noëls de mon enfance, même s’il n’y avait pas de sapin, ni de décorations c’était de beaux Noël. A  l’adolescence, ils se passaient à Saint Just en Chausssée chez mes grands-parents maternels. L’évènement supplémentaire à cette époque là, nous allions à la messe de minuit qui se déroulait bien à minuit. En rentrant on dégustait un bon chocolat chaud et nous découvrions nos cadeaux.

 

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Il a fallu que maman soit grand-mère pour acheter son premier sapin de Noël et c’est avec mes deux premières filles que nous allions l’admirer et découvrir les cadeaux. Quant à moi, dès mon premier Noël d’adulte en 1963, j’ai fait pour mon mari et moi mon premier sapin et chaque année  depuis, jamais je n’ai oublié de le décorer ; toujours un sapin naturel jusqu’aux années 2005  ou j’ai opté pour un artificiel, mais certaines années comme cette année je succombe au sapin naturel. Beaucoup plus vrai, avec une odeur agréable même s’il perd ses aiguilles.

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Comme tout le monde, j’ai suivi notre époque et chaque année de plus en plus j’ai décoré ma maison, au début avec de nombreux père Noël pour voir les yeux émerveillés de mes petits enfants. Maintenant, toujours des décorations pour l’ambiance  du mois de décembre, mais beaucoup plus raffinées et élégantes, maintenant les yeux qui admirent sont ceux de grands. Je pense que ce sera ainsi jusque mon dernier Noël. Pour l’installation petit mari m’aide, son aide m’est précieuse, nous passons souvent les réveillons seuls, ou en décalés, car les enfants et petits enfants doivent se partager. Mais même seul tous les deux, il y a toujours un bon repas en habit de fête. Car dans le long chemin de ma vie, j’ai eu aussi des Noëls  seule avec pour toute compagne : la solitude, donc je sais ce que cela peut être pour les gens qui sont oubliés. Mais, même pour ces Noëls là, ma maison était décorée.

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 Une petite précision, pendant des années, je n’achetais pas de nouvelles décorations, depuis ma dernière vie  et surtout depuis que je suis grand-mère, je succombe et il m’arrive d’en acheter de nouvelles.

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Nous sommes prêt....