24 juin 2020

La vie de mon Grand-Père Adrien PASCAUT de Saint Just en Chaussée (Oise)

 

Il y a quelques jours, nous fêtions la fête des pères. Il y a belle lurette que "mes pères" nous ont quitté. Oui, moi je ne suis pas comme tout le monde j'en ai eu 3. 

Mon père biologique je ne l'ai connu qu'aux environs de mes 30 ans. Une longue histoire de famille que je raconte dans mes mémoires. 

Il s'appelait : Jean-Baptiste PIAT

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Nous ne pouvons jamais rattraper le temps perdu, trop de différences entre nous, mais je l'ai accompagné jusqu'à ses derniers jours. Le lien d'Amour, n'est pas automatique, il se construit.

00Papy et Edith 20 septembre 2005

Michel Helmer : Mon second papa, qui a essayé de le remplacer à partir de mes 9 ans, Il m'a offert son nom de famille quand il s'est marié avec maman, un homme  gentil, qui ne demandait pas mieux de remplir ce rôle de papa qui me manquait tellement, mais  trop souvent freiné par ma maman, Il a compté pour moi, je l'aimais, car il a partagé mes jeunes années, c'était lui qui était là, chaque samedi quand je rentrais de la pension en deux mots,  c'était un homme bien, 

Adrien 60 ans 2

 

Mais celui, qui a compté le plus pour moi et qui a toujours eu la place de "papa" c'est mon grand-père maternelle, celui qui m'a donné ses valeurs et m'a tracé le chemin à suivre. Je vais aujourd'hui vous raconter sa vie, en hommage à tout ce qu'il m'a transmis et donné et qui a fait la femme que je suis devenue.

Adrien Pascaut,

 Mon Grand-Père, le premier homme de ma vie à qui je dois beaucoup de choses. Un homme sensible, intelligent, courageux, créatif, fort caractère, forte personnalité, un homme du partage. Il a secouru beaucoup de personnes, une assiette était souvent rajoutée pour celui qui n'avait pas baucoup à manger.  En un mot un Homme Très bien.

 

Il est Né en 1894 le 20 février. Adrien est le premier enfant de ses parents, arrivé après 10 ans de mariage. Sa soeur « Fernande » a pointé le bout de son nez  juste 3 ans après sa naissance, pour lui tenir compagnie. Ils seront toujours très proches et pourtant ils n’auront pas le même parcours. Adrien n’a jamais été le dernier  pour faire quelques bêtises. Une de celle-ci, qu’il aime nous raconter. IL doit avoir trois ans et joue  souvent dans le salon de coiffure auprès de son papa qui coupe les cheveux et de sa maman qui fait les barbes. Un jour, une envie pressante se fait ressentir, ne trouvant pas son petit pot, il prend tout naturellement  la soupière qui sèche sur l’évier de la cuisine proche du salon de coiffure. Il joue souvent aux jeux de société avec Fernande, il n’aime pas perdre, j’ai retrouvé certains jeux de leur enfance : jeu d’oie, petits chevaux, dame, solitaire, morpion et des jeux de cartes. Tous les deux ont eu une enfance heureuse, aimante et affectueuse. Grand-père un passionné  de tout.

Adrien et ses cousins Edmond et André

 Adolescent, il aime faire du vélo. Tous les dimanches de printemps, si le temps le permet, il enfourche sa vieille bécane ; avec quelques copains, direction : Le Tréport. Les kilomètres ne leur font pas peur. Pour relier la première plage picarde Mers les Bains, mitoyenne au port du Tréport qui lui se trouve en terre normande. Ils partent de bon matin dès le lever du jour et rentrent tard avant la nuit.  La bicyclette n’est pas très confortable, la selle lui rentre dans les fesses et elle n’est pas rembourrée. Mais que ne ferait-il pas pour aller se baigner dans la Manche.

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Nous pouvons dire qu’ Adrien a eu une jeunesse pleine d’insouciance et très heureuse jusqu’au cataclysme qui allait s’abattre sur la France quelques années plus tard.

Adrien 1914 2

 En attendant,  un bon bain sur la plage du Tréport, rien de tel pour effacer les marques de fatigue et refaire le soir le retour en sens inverse. Le Tréport est à 150 kilomètres de chez lui,  cette route,  n’avait plus de secrets pour lui, ni toutes les petites routes empruntées, il sait nous dire qu’à partir de Forge les Eaux, il vaut mieux prendre la vallée de la Bresle que la route plus directe. Celle-ci est plus romantique et bucolique, la vallée de la Bresle ressemble à la Suisse, c’est pourquoi elle s’appelle : La Suisse normande.

Guerre 1914/1918 sur scène 

             C’est le  le 31 août 1914 qu’Il est mobilisé pour le grand départ, qui durera 4 ans, adieu les plus belles années de sa jeunesse. Il est incorporé le 13 septembre au 269ème Régiment d'artillerie. Sous le commandement du Lieutenant Colonel CHARDON, son certificat de bonne conduite note « il a été maintenu pendant deux mois, sans aucun répit, sur un champ de bataille où se sont livrés des combats très durs et il a largement contribué au succès des opérations qui ont obligé l’ennemi  à battre en retraite. Par le courage et l’esprit de sacrifice des cadres et de la troupe, s’est   acquis  la  confiance  de  L'infanterie et les éloges des Troupes alliées. Le soldat de 2ème classe Pascaut Adrien, a participé aux opérations de juin et juillet 1918 ». Par la suite, Il refuse toutes les médailles, la seule qui lui est remise à la fin de la guerre, il ‘l’a jette dans une mare en regagnant son domicile. Pour lui, ce n’est pas un honneur que d’avoir été obligé de tuer.

  Médaille Militaire Bronze Argenté

 C’est pendant une  permission, qu’ Il se marie : le 22 novembre 1917, avec Marcelle Bourcy. Qu’il rencontre à la fête du village d’Avrechy, pas très loin de chez lui.

 

mariage Adrien et Marcelle mariage 22 novembre 1917 2

 

 

Dans les années 1918/1920.

En rentrant de la Grande Guerre,  il entreprend des études à l'Institut Normal Électrotechnique de Paris et il décroche son diplôme d'Ingénieur électricien le 21 septembre 1920. Le diplôme en poche, Il postule auprès de la ville de St. Just en Chaussée comme responsable des Services des eaux de la Ville, son contrat stipule qu'il gagnerait 6.000 francs par an et qu'il serait logé, c'est dans cette maison en plein champ que sa fille voit le jour le 25 mai 1922.

 

Service des eaux

 

 Après quelques années au service de la mairie, il veut s’installer comme serrurier-ferronier d’art, afin de réaliser son vœux de toujours, créer de ses mains et travailler le fer forgé.    Le 15 avril 1926, il dépose au Greffe du Tribunal de Commerce, une déclaration d'inscription au Registre du Commerce, inscrite sous le numéro 178 pour l'année 1926. Il s'installe comme Serrurier, Ferronnier d'Art ; ses parents lui donnent une grande parcelle de terrain qui leur servait de jardin rue du Ban St. Pierre, sur laquelle il fait construire un baraquement dans lequel il logera et commencera son activité.

 

Adrien Pascaut 1949

 

Quelques années plus tard, il achète en face du jardin, deux maisons mitoyennes  avec dépendances à un cousin éloigné Monsieur Edmond Portemer qui est : marbrier. Cette maison donne d'un côté sur la rue du Ban St. Pierre et de l'autre, elle occupe les 15 et 17, rue de Montdidier. N'aimant pas être commandé et ayant un caractère bien trempé,  il travaille seul avec un apprenti Arthur Miné, son épouse de temps à autre l'aide à la perceuse électrique. Son Entreprise devient vite florissante, car partout il y a besoin de reconstruire. Son activité en plus des serrures, c'est aussi la ferronnerie, il excelle  dans les portes et portails en fer forgé, passe son permis de conduire en 1929 et s’achète  une voiture ainsi, il peut  se déplacer dans tout le département. L'art déco bat son plein il s'en inspire.

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Pendant la seconde guerre mondiale, trop âgé pour être mobilisé, il continue son activité. En juin 1940, il évacue avec sa famille, son chat et son chien vers Bordeaux, chez ses cousins, ils y restent plusieurs mois et ils ont une vie beaucoup plus calme.

 

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Après quelques mois de tranquillité, ils décident de remonter chez eux. Au moment de partir « Minette » s’est sauvée, après l’avoir recherchée en vain, ils décident de partir sans savoir, que plusieurs mois après à St. Just un matin en ouvrant la porte, elle serait là, maigre, moche, sale et fatiguée ; mais c’est bien Elle, car elle se dirige directement à l’endroit où sa gamelle se trouvait avant leur départ. Petite joie simple de l’amour d’une chatte qui n’a pas oublié sa maison et ses maîtres.

Mais avant ce retour inattendu, le bonheur  de retrouver la maison encore debout, celle des voisins n’y est plus, la leur est en triste état mais ils vont pouvoir reprendre leur vie.

  Après la seconde guerre mondiale, la paix revenue grand-père, le bonheur retrouvé occupe   ses moments libres en jouant de la mandoline. Dans un premier temps il joue sur une mandoline des années 1906, Offerte par son beau-frère italien Pierre Chiari. Très habile de ses mains, il s’en construit une  autre, avec de vieux bidons laissés par les allemands dans sa cour.

 

0chemin des dames famille

à gauche la fameuse mandoline mode ; "grand-père"

Une famille heureuse un dimanche après-midi de ma jeunesse.

  Il n’a pourtant pas du tout l’oreille musicale, il, arrange ses accords et demande à sa fille de lui rapporter de Paris,  des partitions modernes de la fin des années 40, il s’entraîne avec  tous les succès à la mode de Charles Trenet, Edith Piaf, Tino Rossi.   Au coin du feu les soirées d’hivers sont, simples, agréables, bon enfant ;  mais surtout musicales.

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 Étoile des Neiges et Les escaliers de la butte n’ont  plus de secrets pour toute la famille et sans arrêt, les refrains de l’une ou l’autre  se font entendre dans toute la maison. Chaque soir, à l’écoute de son vieux poste de TSF nous écoutons : La Famille Duraton. Chaque matin quand il fait sa toilette il ne loupe pour rien au monde la chronique politique de Geneviève Tabouis. Le dimanche les Chansonniers, sans compter les pièces de théâtre. C’est un curieux de tout, il m'a transmis cette curiosité. Quand mes grands-parents reçoivent à déjeuner certains dimanches grand-père y va  de sa chansonnette à faire pleurer tout le monde. Je me souviens en particulier de deux interprétations de Berthe Sylva : « Les Roses Blanches et Du gris que l’on prend dans ses doigts ». Je ne parle pas de quelques chansons paillardes pas tout à fait pour les oreilles chastes de sa petite fille qui est toujours dans les parages.

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 Mais, c'est aussi  un coléreux genre soupe au lait. Il n’hésite pas à balancer dans le jardin,  le morceau de viande qui se trouve dans son assiette et qui n’est pas assez tendre à son goût. Ou bien, de retourner l’assiette de soupe sur ma tête si je ne veux pas manger.  Il y a eu aussi, la fessée mémorable parce que je me suis sauvée de l’école quand j'étais en cours préparatoire  (ne vous offusquez pas, c’était d’usage à l’époque de recourir à ce genre de châtiment, je n’en suis pas morte et je ne lui en ai jamais tenu rigueur). Mais ce grand-père là, je l’adorai et il ne se passe pas une journée sans que je pense encore à lui. 

 

première fois à la mer St

ma première fois à la mer 

La mode du fer forgé à l'intérieur des maisons est à son apogée après la seconde guerre mondiale. Dans les années 1950 il se spécialise, dans les rampes et les écrans de salon qui séparent deux pièces. Toutes les maisons bourgeoises de la région en sont pourvues ; Sa fille et sa petite fille auront le droit chacune en souvenir un beau lampadaire et une table de salon. Il travaille jusque dans les années 1970. Sans jamais avoir eu une vie de riche, il peut dire que sa vie est confortable et elle lui donne un statut de notable, respectable dans sa petite ville de province. Il termine ses jours en étant un peu moins aisé, avec une simple  retraite d'artisan,  Il n’a jamais quitté Saint Just en Chaussée. Il nous tire sa dernière révérence : le 25 juillet 1974 à l'hôpital de Compiègne ; Il est enterré au cimetière de sa ville, comme il disait : « sa résidence secondaire ».  Sur sa tombe, il a apposé de son vivant, une clef représentant sa corporation.

 

mes parents3

 Dans mon cœur reste gravé cette phrase que tout le monde disait :

 

Ah ! Sacré « Père Pascaut », nous ne l’oublierons jamais.