08 avril 2016

L'hospitalité et les secrets de famille

Je vais vous parler cette semaine du sens de l’accueil de mes grands-parents dont j’ai très certainement hérité. Toute leur vie, j’ai vu prendre place à notre table familiale des amis dans le besoin.  Parfois cela allait même plus loin, comme l’histoire que je vais vous raconter. Ma grand-mère disait toujours, quand il y  a à manger pour deux, il y en a pour trois.

 

Marcelle 1916 2

 

Dans les années 1900, tous les enfants d’un village ou d’une petite ville jouaient ensemble dans la rue ; tout le monde se connaissait.

Rue de Montdidier à St

Mon grand-père avait partagé toute son enfance avec la famille du cordonnier qui habitait à côté de chez lui. Une fratrie de 7 filles. Souvent elles venaient manger chez ses parents, certaines étaient amies avec ses sœurs. Parmi elles, deux sont restées présentes dans sa vie : Henriette et Emilienne et elles sont devenues les amies de ma grand-mère.

 

Emilienne Marville amie d'Adrien et Marcelle 2

 

Quand grand-père est revenu de la guerre de 1914, Henriette s’était mariée et elle avait une jolie petite fille « Paulette » qui est vite devenue par la suite amie avec, ma maman. Toutes deux avaient cinq ans d’écart ; bien vite l’une est devenue  la grande sœur de l’autre.

Renée 12 ans

Un jour Henriette se retrouva seule avec Paulette, son mari les avait  abandonnées en les laissant dans la misère. Ses maigres revenus de couturière  ne suffisaient plus pour manger tous les jours, elle a donc demandé de l’aide à ses sœurs, aucune ne lui a tendu la main. Heureusement chez Marcelle et Adrien il y avait toujours une place à table. Les années se sont écoulées et en 1933, Henriette a attrapé la tuberculose, et s’est retrouvée à l’hôpital de la ville voisine. Cet hôpital était tenu par les religieuses de St. Thomas de Villeneuve, elles ont  accepté de prendre dans leur communauté Paulette en attendant que sa maman guérisse, ce qui permettait à la mère et à la fille de ne pas se séparer.

clermont 

Malheureusement, Henriette ne s’en sortira pas. Quand elle a réalisé qu’elle allait mourir elle s’est tournée vers ma grand-mère et lui a fait promettre de s’occuper de sa fille et de finir de l’élever comme la sienne. C’est quelques jours avant Noël 1934  qu’Elle partira tranquille en sachant que son amie s’occupera de son bien le plus précieux. Sauf que l’avenir allait être tout à fait différent de celui auquel elle aurait pu penser.

 

Adrien et Marcelle vers 1920 2

 

Pendant son séjour forcé chez les religieuses, Paulette s’est découverte la vocation religieuse et rien n’y a fait pour la faire changer d’idée ; pourtant les vacances suivantes ma grand-mère a décidé qu’elle partirait avec sa marraine et ma maman en vacances dans le Jura à Arinthod, en espérant la distraire et lui  faire oublier ses "drôles d’idées", mais rien n’y a fait,  en rentrant de vacances, elle a demandé à rentrer à la maison mère de la Congrégation pour y faire son noviciat.

 

Paulette Lecomte Marville 1946 prenant le voile 2

 Mes grands-parents se sont inclinés et l’ont aidée dans sa nouvelle démarche, ils sont restés présents dans sa vie et l’ont accompagnée sur le chemin qu’elle s’était choisie. Jusqu’au décès de mes grands-parents elle les appellera « Petit Père et Petite Mère.

 

Le départ de Paulette en Amérique 2

 Son destin n’a pas été le même que celui de maman, différent et enrichissant aussi. Puisque après quelques années de noviciat à Sanvic au Bon pasteur  elle est partie une quinzaine d’années aux Etats Unis dans un séminaire que les religieuses avait dans le Connecticut. A partir des années 1948, une longue correspondance s’est échangée avec mes grands-parents ; à chaque fête religieuse et évènements familiaux. Je me souviens des belles cartes articulées avec de jolis motifs religieux ou pas, des cartes que nous n’avions pas en France à l’époque. C’est à Elle que je dois mes premières colonies de vacances à partir des années 1950 dans le château de St. Jouin en Normandie. Quand maman a décidé de me mettre en pension, c’est encore vers Elle que la famille s’est tournée pour que j’intègre l’internat de St. Germain en Laye et ensuite celui de Bry sur Marne. Pendant ses années américaines, elle n’est revenue qu’une seule fois en 1958 dans sa famille. Elle rentrera définitivement en France dans les années 1960.

 

edith bry

 Son influence a continué, elle viendra chaque année quelques jours en vacances à la maison. Quand ma grand-mère s’est retrouvée seule, elle la fait entrer dans la maison de retraite où elle exerçait. Ma grand-mère aura une fin de vie tellement différente de sa propre vie en province. Il faut savoir que cette maison de retraite se trouve dans l’annexe du Château de madame Adélaïde à Neuilly sur Seine, un endroit magnifique, que je connais bien et où je suis souvent allée, puisque c’est la maison mère des Religieuses de St. Thomas de Villeneuve.

 

maison-mere-e1390295076862

 

Petite anecdote dont je me souviens. Quand elle est arrivée là bas, Elle a demandé à ma maman de lui acheter une belle canne et un joli chapeau, car quand elle sortait dans Neuilly et qu’elle allait s’asseoir sur un banc du boulevard du Château ou d’Argenson elle parlait avec des dames « biens » comme elle disait et il fallait qu’elle soit à la hauteur.

 

chateau-de-neuilly-neuilly-sur-seine

 

Malheureusement après le décès de maman et de ma grand-mère, quand Paulette a commencé à vieillir, les religieuses  l’ont transférée dans une de leur maison en Bretagne et je n’ai pas pu aller la voir. Cette période était celle de ma période noire. Elle est décédée en janvier 1995 et les religieuses ne m’ont même pas prévenue, je l’ai appris par le courrier du jour de l’an qui m’est revenu. J’avoue avoir été très peinée, car nous étions sa famille pendant tellement d’années. Je savais qu’elle avait renoué avec ses tantes, mais cela ne l’empêchait pas de toujours nous considérer comme sa famille aussi.

 

1958 au Péreu2

 Les moyens modernes actuels m’ont réservé la semaine dernière une sacrée surprise. Comme je vous l’ai dit je me suis remise à la généalogie et en fouillant sur un site auquel je suis abonnée je suis tombée nez à nez (c’est le cas de le dire) avec une photo de Paulette en religieuse, sur un arbre généalogique que je consultais et qui s’est avéré être l’arbre d’une de ses petites cousines.

1958 au Péreu

Je me suis empressée de la contacter, nous avons parlé au téléphone et elle m’a raconté justement sa fin de vie en Bretagne. Et cerise sur le gâteau j’ai appris également qu’elle aussi avait fait ses études chez les mêmes religieuses que moi au même endroit que moi, où elle était externe quand j’étais interne et surtout  en même temps.

bry sur marne2

Alors pour ma conclusion, je dirai que Sœur Ernestine « alias » Paulette, celle que j’ai toujours considérée comme ma tante et que j’aimais beaucoup,  était une bonne VRP pour sa Congrégation Religieuse, car en plus de la cousine et moi qui étions au même endroit sans le savoir. Mes séjours à la colonie de vacances que j’ai fréquentée à la fin des années 1940. Ensuite, ma grand-mère et celle de la petite cousine, qui ont rejoint la même maison de retraite aux mêmes années. Ça aurait valu une promotion !

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Et tout ça sans le dire aux unes et aux autres. Ma grand-mère à l’époque aurait certainement été contente de savoir que parmi les autres colocataires de la maison de retraite il y en avait une qui avait partagé l’enfance de son mari et dont-elle aurait pu par la force des choses se sentir plus proche !! Bon, je pense que ma tante avait peur que certains griefs ressortent et mettre le désordre dans la communauté.

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 Mais il est vrai, chez nous les Secrets de famille ont toujours été bien gardés.

 

Si vous êtes autant passionnés que moi pour la généalogie et l'Histoire des familles, je vous invite tous les lundis sur mon autre blog consacré uniquement à ma passion :

Manouedith 3

 

 

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